Je me souviens de mon copain Solexine, ainsi surnommé car il circulait à Solex.
Ledit Solexine était étudiant dans une grande école d'ingénieur, et à 21 ans ressemblait déjà à un savant fou, avec son bouc et sa blouse blanche, lorsqu'il faisait ses essais de solex dans les couloirs de la Cité U. Il possédait trois ou quatre solex et avait transformé sa piaule en laboratoire de mise au point.
Je me souviens qu'un soir, nous l'avions aidé à transformer sa machine pour rouler au méthanol, et qu'à minuit, le concierge était monté nous engueuler tellement nous faisions de boucan, à notre grand étonnement d'ailleurs, car ledit concierge était habituellement bourré à partir de vingt et une heures et dormait à poings fermés.
Je me souviens que Solexine achevait souvent sa mise au point boulevard Saint Germain, la nuit entre deux et quatre heures du matin, et qu'il avait gagné un championnat de courses en solex, avec une vitesse de pointe de plus de 100 à l'heure.
Je me souviens aussi qu'un moteur de solex ne tient pas plus de dix minutes à ce régime là, et que pour aider notre copain dans ses expériences, il nous arrivait d'aller procéder nuitamment à un échange standard entre un moteur explosé contre un moteur neuf, prélevé sur un solex choisi au hasard, mais garé dans un beau quartier.
Ce n'était pas bien, mais c'était dans l'intérêt de la science
